La fin des années 1960 est une période d'engagement et de débats politiques. Universitaires et intellectuels prennent activement part à cette évolution. A la veille du 22 mars et du mouvement de Mai, deux grands courants de pensée se distinguent. Le marxisme, sous ses différentes acceptions, et le structuralisme. Les deux courants sont fort différents. Le marxisme critique la société capitaliste et oeuvre à l'édification du socialisme, tandis que le structuralisme cherche à comprendre la nature profonde des sociétés et leurs règles implicites, inconscientes. Ce dernier courant, historiquement incarné par Claude Levi-Strauss, n'est pas révolutionnaire. Cependant, au cours des années 1960, certains intellectuels (comme Louis Althusser) cherchent à concilier marxisme et structuralisme et opèrent donc un dévoiement de son sens initial. En intervenant à la télévision pour rappeler les principes fondamentaux et la nature scientifique du structuralisme, Claude Lévi-Strauss cherche à se démarquer de ces utilisations du structuralisme.
Claude Lévi-Strauss (né en 1908) est une figure majeure des sciences humaines du XXe siècle. Jeune agrégé de philosophie, il entreprend, au bénéfice d'une nomination au Brésil en 1935, l'étude des sociétés premières de l'Amazonie. Durant les années de guerre, il poursuit ses travaux à la New School for Social Research de New-York. C'est au cours de ces années américaines qu'il se familiarise au structuralisme et à la linguistique. Sur cette base théorique et à partir de ces travaux de terrain, il rédige une thèse, Structures élémentaires de la parenté, qu'il soutient à Paris en 1948. Il entame alors une carrière au CNRS et au Musée de l'Homme.
La publication de ses travaux lui valent une reconnaissance générale, qui débordent largement les cadres universitaires. L'ampleur de ses recherches et son aura intellectuel, lui valent, en 1959, d'être élu au Collège de France à la chaire d'anthropologie sociale. Ses travaux se poursuivent alors avec la publication des Mythologiques et un penchant de plus en plus marqué pour l'esthétique. Bien que très engagé dans la reconnaissance des peuples premiers, Claude Lévi-Strauss est toujours resté en marge des mouvements idéologiques se réclamant de sa pensée, s'efforçant toujours de distinguer son travail scientifique de ses prises de position politique.
Bibliographie :
Jacques Julliard, Michel Winock, Dictionnaire des intellectuels français, Paris, Le Seuil, 2002.
François Dosse, Histoire du structuralisme, Paris, La Découverte, 1990.
Ouvrages de Claude Lévi-Strauss :
Les structures élémentaires de la parenté, Paris, PUF, 1949.
Tristes tropiques, Paris, Plon,1955.
Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.
Mythologiques, Paris, Plon, 1964-1971.